Et si Crockett avait eu le visage de Jack Killian...

Et si Crockett avait eu le visage de Jack Killian... - Billet

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Gary ColeVous vous souvenez du film d’action Last Action Hero (1993) dans lequel Sylvester Stallone incarnait le Terminator à la place d’Arnold Schwarzenegger ? Cet article vous convie en quelque sorte à une plongée dans un univers parallèle, un peu comme dans La 4ème dimension. De fait, le nom de Gary Cole ne vous dit sans doute pas grand-chose. Vous pensez peut-être que c’est l’acteur qui joue Arnold dans Arnold et Willy, sitcom familiale de la fin des années 70. Tout faux, il s’appelait Gary Coleman et est décédé en 2010. Par contre, si vous avez eu la chance de suivre la série Jack Killian l’homme au micro (Midnight Caller en V.O), vous vous rappelez sans doute son visage. Cette excellente série, produite et réalisée de 1988 à 1991, suivait les aventures nocturnes d’un ex-flic devenu animateur radio. Ses émissions abordaient frontalement des sujets de société tabou comme le SIDA, la peine de mort, l’homosexualité, …

Le public américain avait moyennement apprécié, la série osant lui mettre le nez dans ses faits de société les plus moches et les plus sombres. Au terme de 3 saisons et 61 épisodes, Jack Killian l’homme au micro fut donc annulé. Dommage car cette série dramatique avait de nombreuses qualités, entre autres un esprit critique intelligent et des héros attachants. Impossible de la trouver aujourd’hui en DVD, le pilote a certes été édité en DVD aux Etats-Unis en 2007 mais demeure introuvable de nos jours. Elle rappelait d’ailleurs le film Talk radio (1988) d’Oliver Stone mais en moins trash et avec un héros nettement plus humain et sympathique. Curieusement, cette série partage plusieurs points communs avec Deux flics à Miami, à commencer par le réalisateur du pilote, Thomas Carter qui mit également en scène celui de Jack Killian l’homme au micro. Ensuite, plus tard dans cette série, un tueur sadique incarné par l’acteur D.W. Moffett (le procureur Thomas Waldman dans Pardonnez-nous nos offenses, 3ème saison, 11ème épisode) possède deux caniches, un noir et un blanc, qu’il appelle Crockett et Tubbs ! De plus, une des co-vedettes de Jack Killian, l’homme au micro était Mykelti Williamson, acteur noir qui joua dans deux épisodes de Deux flic à Miami (Leon Jefferson dans le pilote et Sylvio Romulus dans A qui le tour ?, 2ème saison, 7ème épisode). Enfin, en version française, Gary Cole était doublé par le même comédien qui doublait Don Johnson : Patrick Poivey (par ailleurs voix officielle de Bruce Willis sur la plupart de ses films). Mais et c’est ce qui est le plus étonnant, Gary Cole avait été pressenti pour incarner Sonny Crockett.

Au début de l’année 1984, Bonnie Timmermann, directrice de casting et fidèle assistante de Michael Mann, avait reçu pour mission de trouver les perles rares pour incarner les détectives Sonny Crockett et Ricardo Tubbs. La production avait d’abord proposé le rôle de Crockett à des vedettes de cinéma comme Nick Nolte et Jeff Bridges. Mais c’était l’époque où passer du cinéma à la télévision était mal perçu, la petite lucarne faisant l’objet d’un certain mépris du grand Hollywood. Une bonne dizaine d’acteurs firent un bout d’essai comme Al Corley (le premier Steven Carrington de Dynastie), Richard Dean Anderson (un an avant de devenir le célèbre bricoleur MacGyver), Gary Cole et plus curieux encore, Larry Wilcox, le motard blond Jon Baker de la série Chips avec Erik Estrada, encore tout auréolé du succès de cette série sympathique et sans prétention. Curieusement, c’est ce dernier qui avait les faveurs des décideurs de la chaîne NBC qui allait diffuser Deux flics à Miami. Mais Gary Cole avait impressionné Michael Mann et avait donc ses chances d’être retenu pour le rôle de Crockett.

Parmi les prétendants au rôle de Tubbs, il y eut Jimmy Smits, finalement retenu pour camper Eddie Rivera, le premier coéquipier de Crockett dans le pilote et future star de La loi de Los Angeles, New York Police Blues et Sons of Anarchy (pour ma part, j’aurais préféré qu’il incarne Tubbs à la place de Philip Michael Thomas que j’ai toujours trouvé fade et prétentieux, servant avant tout de faire-valoir pour mettre en évidence le charisme de Don Johnson comme on peut le constater dans l’évolution de la série). Citons encore Andy Garcia qui déclina finalement le rôle, étant retenu sur une autre production et même Edward James Olmos qui allait devenir le célèbre et taciturne Lieutenant Martin Castillo. Quand Don Johnson montra son grand intérêt pour incarner Crockett et fit les yeux doux à Anthony Yerkovich, créateur de Deux flics à Miami en vue d’obtenir le rôle, les décideurs de NBC refusèrent d’en entendre parler. Comme Yerkovich l’explique dans les suppléments consacrés aux coulisses de la série sur les DVD de la 1ère saison :

"Don avait tourné 6 pilotes dont aucun ne déboucha sur une série hebdomadaire. Les cadres de NBC préféraient avoir Don Ho (acteur hawaïen vu dans la série Batman des années 60) ou Don King (manager de boxe) dans le rôle mais pas Don Johnson."

Toujours en charge du casting, Bonnie Timmerman, fut même chargée de trouver des acteurs pour incarner Crockett et éliminer Don Johnson de la compétition (à voir encore sur les mêmes suppléments des dvd de la 1ère saison de la série).

De son côté, Gary Cole refusait de s’engager à signer un contrat qui, en cas de succès de la série, allait, estimait-il, le mettre pieds et poings liés à un projet au long cours : "Je suis pris d’angoisse à chaque fois que je dois signer un papier. J’ai été mêlé à trop de combines pour ne pas être un peu paranoïaque. Ils n’arrêtaient pas de me demander : « Mais vous acceptez d’être engagé ? » Je n’arrêtais pas de demander : « Mais suis-je réellement engagé ? »… C’est ainsi que Gary Cole est passé à côté du rôle de Sonny Crockett dans Miami Vice !" (repris de l’article Jack Killian, l’homme au micro - La série qui aborde des sujets graves et délicats ! de Joan Mac Trevor dans Ciné Télé revue n°21 - 24/05/1990, p.35)

Au final, le choix des décideurs se résuma à Larry Wilcox ou Don Johnson. Mais un heureux revirement de situation bouleversa la suite des événements : Brandon Tartikoff, directeur des programmes de NBC et auteur du fameux mémo "MTV COPS" qui donna naissance à la série, partit d’un constat simple : à la fin des années 70, un autre acteur inconnu, un certain Tom Selleck, avait aussi tourné plusieurs pilotes dont aucun ne donna vie à une série à succès et puis voilà qu’un beau jour de 1980, il devint une superstar de la télé grâce à une nouvelle série d’action et d’humour : Magnum. Tartikoff demanda à Johnson de venir tourner un dernier bout d’essai en compagnie de Philip Michael Thomas, initialement refusé pour le rôle de Tubbs. L’alchimie s’opéra instantanément et la suite, on la connaît : 111 épisodes et 5 saisons d’une série qui, quoiqu’en disent ses détracteurs, a marqué l’histoire de la télévision américaine en révolutionnant la manière de faire des séries, tant sur le plan visuel que musical.

Sonny Crockett & Jackson Crane

Quant à Gary Cole, il joua un rôle dans la 2ème saison de Deux flics à Miami, celui du pilote Jackson Crane dans Escroqueries en tous genres (21ème épisode). De fait, quand on voit Cole et Johnson à l’écran, il n’y a aucun doute : le beau Don était fait pour incarner Sonny Crockett, Cole étant quelque peu empâté et dénué de charisme à l’époque. Après l’arrêt de Jack Killian l’homme au micro, Gary Cole continua à jouer de nombreux rôles dans divers films et séries populaires (Chuck, Supernatural, The Good Wife, Suits, Veep, …). Le comédien excelle dans les rôles de salauds (il a même joué le diable dans la flippante série American Gothic en 1999 !) mais se révèle aussi très attachant quand il incarne un père ou un mari aimant. Bref, un acteur de talent qui, s’il n’a pas eu la même chance que Don Johnson en trouvant le rôle de sa vie (quoique Jack Killian, mais sa série n’a pas connu un succès aussi foudroyant que celle de DJ), continue une carrière télé tout à fait honorable et variée.

par Emmanuel Francq

Publié le 13 avril 2017 à 12:00:00
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